Le quartier que les touristes ne connaissent pas encore
La plupart des visiteurs d'Alger connaissent la Casbah, le Jardin d'Essai, Notre-Dame d'Afrique. Télemly, lui, reste sous le radar. C'est précisément ce qui en fait l'un des quartiers les plus fascinants de la capitale.
Perché sur un coteau qui domine la baie, ce quartier résidentiel de la commune d'Alger-Centre concentre, en quelques centaines de mètres de boulevard sinueux, une densité architecturale hors du commun. Des immeubles sur pilotis, un pont habité unique au monde, des tours de 23 étages conçues par des disciples de Le Corbusier — tout ça dans un même quartier, avec la mer en fond de décor.
Et juste à côté, à El Biar, le Balcon Ezzahira vous offre la vue la plus spectaculaire d'Alger. Deux heures suffisent pour combiner les deux. Encore faut-il savoir où aller et comment y accéder.
Vous visitez Télemly ? Prenez une voiture.
Télemly est perché à flanc de coteau, le Balcon Ezzahira à 240 m d'altitude. Sans voiture, vous dépendez de bus aux horaires aléatoires — et vous raterez les meilleurs angles pour photographier l'immeuble-pont Burdeau.
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Réserver ma location de voiture à AlgerHistoire du quartier Télemly
Le nom dit tout sur l'origine du lieu. Télemly vient du berbère : deux étymologies coexistent — "thala oumlil" (source blanche) ou "thala oumeley" (source ombragée). Dans les deux cas, on parle d'eau : le quartier est bâti sur un ancien terrain marécageux (merdja en arabe), gorgé d'eau souterraine. Ce n'est pas anodin — les glissements de terrain de la zone El Merdja, entre les boulevards Krim-Belkacem et Colonel Bougara, sont connus depuis longtemps, et certaines maisons s'inclinent encore dangereusement aujourd'hui.
Avant les années 1950, Télemly était surtout une promenade. Le boulevard du Télemly — long, sinueux, ombragé — serpentait à flanc de coteau et offrait aux flâneurs une vue imprenable sur la baie d'Alger. Les trolleybus partaient de la Grande-Poste et empruntaient ce boulevard pittoresque. Il portait d'ailleurs un autre nom : le Chemin des Aqueducs, car il suivait partiellement le tracé des conduites d'eau turques datant du XVIe siècle.
Après l'indépendance, le boulevard est rebaptisé Salah-Bouakouir, puis boulevard Colonel Krim-Belkacem en 1992 — nom qu'il porte encore aujourd'hui. À partir des années 1950, l'urbanisation s'accélère brutalement. Des immeubles d'envergure surgissent, inspirés par le mouvement moderniste international. Télemly devient un laboratoire d'architecture.
L'architecture moderniste : un musée à ciel ouvert
C'est ici qu'Alger a failli devenir la capitale mondiale du modernisme. Le Corbusier avait conçu son fameux Plan Obus pour Alger — un projet pharaonique d'immeubles-viaducs longeant la côte. Le projet n'a jamais été réalisé dans son intégralité. Mais ses disciples, eux, ont construit. Et le résultat est là, visible depuis la rue.
Voici le circuit architectural à faire à pied le long du boulevard Krim-Belkacem :
L'immeuble-pont Burdeau (1952)
C'est la pièce maîtresse. Conçu par l'architecte Lucien Pierre-Marie, cet immeuble est littéralement un pont habité : il enjambe le ravin Burdeau sur sept piliers massifs, accueille le boulevard Krim-Belkacem sur son toit et la rue Frères Khelifi en contrebas. Il compte 82 appartements répartis sur plusieurs niveaux, plus deux niveaux administratifs et un parking de 150 véhicules.
Il n'en existe que deux au monde : celui d'Alger et un autre au Brésil, à Rio de Janeiro. Les touristes étrangers qui le découvrent pour la première fois restent souvent sans voix — la chaîne MBC lui a même consacré un reportage dans sa série sur les trésors architecturaux méconnus.
L'Aérohabitat (1955)
Quatre immeubles sur pilotis, le plus grand culminant à 23 étages. Conçu par Louis Miquel, Pierre Bourlier et José Ferrer-Laloë, tous membres du CIAM d'Alger (l'école corbuséenne locale), l'Aérohabitat est la réponse algéroise à la Cité Radieuse de Marseille. Un "village vertical" de 300 appartements, avec une rue commerçante intérieure au 10e étage — boucher, coiffeur, épicier — accessible par ascenseur public.
À son inauguration en 1955, c'était l'immeuble d'habitation le plus haut du monde. Aujourd'hui, il reste l'une des réalisations les plus marquantes du Mouvement moderne en Algérie.
Les autres joyaux du boulevard
| Immeuble | Année | Architecte | Particularité |
|---|---|---|---|
| Immeuble Télemly / Œuvres universitaires | 1953 | Bienvenu | Sur pilotis, d'après Le Corbusier |
| Immeuble Lafayette | 1954 | André Cazalet | 16 étages avec courbure originale |
| Immeuble EGA | 1952 | Marcel-Henri Christofle | Actuel siège de Sonelgaz |
Face à l'Aérohabitat se dresse la villa Malglaive, de style néomauresque — aujourd'hui consulat de France. L'ancien couvent des Dominicains voisin abrite désormais l'ambassade d'Allemagne et le Goethe Institut.
Le Balcon Ezzahira : la plus belle vue d'Alger ?
Oui. Difficile de trouver mieux dans la capitale.
Le Balcon Ezzahira — anciennement Balcon Saint-Raphaël — se trouve à El Biar, dans le quartier résidentiel Saint-Raphaël, à proximité du Ministère de la Justice. Il est niché sur le haut d'une falaise d'environ 20 mètres, à 240 mètres d'altitude sur le plateau boisé d'El Biar.
De là, la baie d'Alger s'offre à vous dans une vue panoramique à 180°. La mer, les immeubles blancs de la ville basse, les hauteurs de Bab El Oued à gauche, les collines de l'est à droite. Par temps clair, on aperçoit les montagnes de Kabylie.
Un peu d'histoire
Ce terrain a d'abord servi de jardins au consulat de Suède. En 1913, la compagnie Claridge en fait l'acquisition pour y construire un hôtel — projet qui ne verra jamais le jour. En 1926, les mairies d'El Biar et d'Alger rachètent le terrain et aménagent une terrasse publique avec balcon au bord de la falaise. Le site est classé pittoresque à cette époque. Le balcon ouvre officiellement au public en 1928.
Quand y aller ?
- Golden hour (17h–18h30) : la lumière rasante sur la baie est spectaculaire, idéale pour la photo.
- Lever du soleil : pour les lève-tôt, la vue sur la ville qui s'éveille est saisissante.
- Évitez le milieu de journée en été : la lumière est dure et la chaleur intense.
Questions fréquentes
Comment accéder au quartier Télemly depuis le centre d'Alger ?
En voiture, prenez le boulevard Colonel Krim-Belkacem depuis Alger-Centre. Comptez 10 à 15 minutes depuis la Grande-Poste hors embouteillages. Des bus relient également le centre à Télemly, mais les fréquences sont irrégulières — la voiture reste la meilleure option pour explorer confortablement.
Peut-on accéder au Balcon Ezzahira en transport en commun ?
Techniquement oui, des bus desservent El Biar. Mais le balcon est situé rue Buffon, dans un quartier résidentiel peu desservi, et les arrêts sont éloignés. En pratique, la voiture ou un taxi vous éviteront une longue marche en montée.
Quel est le meilleur moment pour profiter de la vue au Balcon Ezzahira ?
La golden hour, entre 17h et 18h30, offre la lumière la plus belle sur la baie d'Alger. Le lever du soleil est également spectaculaire pour les photographes. Évitez le milieu de journée en été — la lumière est dure et la chaleur difficile.
Combien de temps prévoir pour visiter Télemly et le Balcon Ezzahira ?
Une demi-journée suffit pour combiner les deux : 1h30 à 2h pour le circuit architectural de Télemly (immeuble-pont Burdeau, Aérohabitat, Lafayette), 30 minutes au Parc Beyrouth, puis 30 à 60 minutes au Balcon Ezzahira. Partez le matin pour terminer au balcon à l'heure dorée.
Peut-on combiner Télemly avec Notre-Dame d'Afrique en une demi-journée ?
Oui, c'est même le circuit idéal. Commencez par Télemly le matin (architecture, espaces verts), déjeunez à El Biar, puis enchaînez avec le Balcon Ezzahira en début d'après-midi et terminez par Notre-Dame d'Afrique pour le coucher du soleil. Les deux sites sont à 10 minutes en voiture. Retrouvez d'autres idées dans notre <a href="/fr/blog/algiers/visiter-alger" class="text-[#C42A44] underline">guide que faire à Alger</a>.

